Non seulement... de la ligne douce des collines de Balagne... de l'encornement joyeux des chèvres ou des mouflons... Mais par l'animation même de ces paysages où la sérénité n'est souvent que la retenue d'un drame prêt à poindre.

L'âme de la Corse préside à ces rituels étranges, où interfèrent les signes de la Semaine Sainte, rameau de palmes tressées, œuf prometteur d'éternité, les signes de la fécondité de la terre et de la femme, les signes de l'apprentissage, à l'ombre du pressoir à huile aux rouages paisibles et inquiétants, les signes divers d'une mort toujours aux aguets, prompte à convertir l'Eden en enfer.

Une force tranquille semble, à l'insu de l'intelligence, organiser en profondeur le réseau de tant de signes mêlés. Nous ne saisissons que quelques pièces d'un puzzle, d'une bande dessinée d'où le texte aurait disparu et l'envie prend de creuser dans le silence ce silex dur où le sens est enfoui. La douceur d'un souvenir de Piero della Francesca s'assombrit de l'interruption violente des métamorphoses. Où commence l'homme... l'animal... la plante? Rien n'est si troublant que ces images trop claires.

Bernard Raffali